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Économie approfondie

Introduction : qu'est-ce que l'Économie ?

Économie

Il est devenu traditionnel de définir l'économie, à la suite de Lionel Robbins (1898-1984), comme :

L’Économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs.

Source : Lionel Robbins, Essai sur la nature et la signification de la science économique, 1947 (1re édition anglaise 1932, seconde édition 1935), p. 30. 1) Disponible en ligne

 

Chapitre 1. Économie et démographie

« En démographie, on naît, on se marie, on donne naissance à des enfants, on migre, dans cet ordre ou dans un autre et puis on meurt. Ce sont des évènements réels, des faits. »

Source : Hervé Le Bras, La démographie, Odile Jacob, 2005.

La démographie est ainsi la science qui étudie les populations humaines d'un point de vue quantitatif (cela ne veut pas dire qu'elle se contente de les compter) dans le but d'en appréhender les caractéristiques et la structure mais aussi les principaux mouvements, déterminants et effets.

I. Comment la dynamique démographique influe-t-elle sur la croissance économique ?

Programme officiel :
Notions : Mouvement naturel, mouvement migratoire, population active, épargne, accumulation du capital, cycle de vie.
Acquis de première : allocation des ressources.

Indications complémentaires :

« On présentera les grandes évolutions démographiques séculaires et on montrera, notamment à l'aide de comparaisons européennes, les différences dans les dynamiques démographiques nationales.
En partant de la diversité des taux d'épargne des pays, on introduira la notion de cycle de vie, qui permet une représentation simple des choix individuels de consommation et d'épargne. On montrera qu'elle implique un lien entre l'évolution des structures démographiques (transition, vieillissement, etc.), l'accumulation patrimoniale et la croissance économique. »

Exemples de sujets du Bac :
Comment la dynamique démographique agit-elle sur le montant de l'épargne en France ? (France métropolitaine 2012 ; Liban 2014).
Comment la dynamique démographique agit-elle sur l'épargne ? (Polynésie 2014 rattrapage).
Comment la dynamique démographique influence-t-elle les comportements liés à l'épargne ? (Antilles-Guyane 2014 rattrapage).
Quels peuvent être les effets de la dynamique démographique sur l'épargne dans le cas français ? (Pondichéry 2015).
Quels peuvent être les effets de la dynamique démographique sur le niveau d'épargne dans le cas français ? (Amérique du Nord 2015).
Comment la dynamique démographique influence-t-elle l'épargne en France ? (Autres centres étrangers 2015).
Comment la dynamique démographique peut-elle agir sur la croissance économique ? (Polynésie 2014).
Comment la dynamique démographique agit-elle sur la croissance économique ? (Nouvelle-Calédonie 2014).
Le vieillissement de la population est-il un frein à la croissance économique ? (Antilles-Guyane 2015).
Quels peuvent être les effets de la dynamique démographique française sur la population active ? (Polynésie 2013).

La dynamique démographique correspond aux différents mouvements qui affectent la population. Étudier la dynamique démographique, c'est donc se demander quelles sont les facteurs d'évolution de la population, leurs modalités, leur importance, leur durée, la façon dont ils modifient la structure de la population, etc.
Étudier le lien entre cette dynamique démographique et la croissance économique, c'est se demander quelles sont les conséquences de ces différents mouvements sur la conjoncture économique et ses principaux déterminants.

1.1. Quelles sont les principales tendances démographiques à l'œuvre ?

Commençons par quelques définitions.
Le mouvement total de la population s'explique par deux types de mouvements : le mouvement naturel et le mouvement migratoire.

Le mouvement total de la population est le plus souvent désigné sous le terme d'“accroissement total de la population” (ou “accroissement de la population”), ce dernier pouvant être trompeur dans la mesure où il peut désigner une hausse mais aussi une baisse de la population totale. Bref, c'est comme la notion de “croissance économique”, on parle de croissance… même quand le PIB baisse !

Le mouvement naturel se rapporte aux évolutions de la population résidant sur le territoire national.

Mouvement naturel

(Programme TES Spé EA 2011, Notions)

Le mouvement naturel est l'évolution de la population totale qui résulte du solde naturel, c’est-à-dire de l’écart entre les naissances et les décès.

 

Solde naturel

Le solde naturel est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d’une période (généralement l’année).

 

Les naissances sont généralement mesurées par le taux de natalité.

Taux de natalité

Le taux de natalité ou taux brut de natalité (pour 1000 habitants) d'une population est le rapport entre le nombre de naissances vivantes au cours d’une période donnée, généralement l'année, au sein de cette population et la population totale moyenne au cours de cette période. La valeur est exprimée en « pour mille » (‰) habitants.

 

Les décès sont, quant à eux, généralement mesurés par le taux de mortalité.

Taux de mortalité

Le taux de mortalité ou taux brut de mortalité (pour 1000 habitants) d'une population est le rapport entre le nombre de décès au cours d’une période donnée, généralement l'année, au sein de cette population et la population totale moyenne au cours de cette période. La valeur est exprimée en « pour mille » (‰) habitants.

 

Le mouvement migratoire se rapporte aux évolutions de la population entrant et sortant du territoire national.

Mouvement migratoire

(Programme TES Spé EA 2011, Notions)

Le mouvement migratoire est l'évolution de la population totale qui résulte du solde migratoire, c’est-à-dire de l’écart entre l'immigration et l'émigration.

 

Solde migratoire

Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire (les « immigrés ») et le nombre de personnes qui en sont sorties (les « émigrés ») au cours d’une période (généralement l’année).

Remarque : Ce concept est indépendant de celui de nationalité.

 

L'immigration correspond au flux de personnes entrant sur le territoire national (les « immigrés »).

L'émigration correspond au flux de personnes sortant du territoire national (les « émigrés »).

En résumé :

1.1.1. les grandes évolutions démographiques séculaires

Il s'agit ici d'étudier les principales évolutions démographiques ayant eu lieu sur le long terme.

a. La transition démographique

Document. La représentation schématique de la transition démographique

L'essentiel des pays ont connu une transition démographique au cours de leur histoire – plus ou moins – récente. Elle permet de comprendre le passage d'une natalité et d'une mortalité forte (avant la transition) à une natalité et une mortalité faible (après la transition) et l'augmentation de la population qui en résulte (pendant la transition).

Source : Gilles Pison, La transition démographique, Ined, 2008. Disponible en ligne : https://vimeo.com/105116396

L'étude de la transition démographique résulte de la comparaison entre l'évolution du taux de natalité et du taux de mortalité et donc de l'évolution du solde (voir les définitions plus haut).

b. Une population en augmentation ?

Qu'en est-il aujourd'hui ? La population continue-t-elle a augmenter ou, au contraire, est-elle en voie de diminution ? À quel rythme ces évolutions se font-elles ? À quels facteurs sont-elles dues ?

Document. Projections de population à l’horizon 2070 : Deux fois plus de personnes de 75 ans ou plus qu’en 2013

⇒ Cliquez sur le lien…

Source : Nathalie Blanpain et Guillemette Buisson, division Enquêtes et études démographiques, « Projections de population à l’horizon 2070 : Deux fois plus de personnes de 75 ans ou plus qu’en 2013 », Insee Première, n°1619, Insee, 03/11/2016. Disponible en ligne : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2496228

Document. L'accroissement naturel mondial
Document. L'accroissement migratoire mondial

⇒ Cliquez sur le lien…

Source : Ined. Disponible en ligne : http://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/graphiques-cartes/migrations-monde/

c. Un vieillissement de la population ?

Peut-on parler d'un vieillissement de la population aujourd'hui ? Quel est l'importance et l'échéance de ce phénomène ? Comment peut-on l'expliquer ?

Document. La pyramide des âges en France

⇒ Cliquez sur le lien…

Source : Insee, Estimations de population - Pyramides des âges. Disponible en ligne : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2418110

1.1.2. Les différences dans les dynamiques démographiques nationales

Document. Panorama de la démographie actuelle
Population active
Population totale, population active & population inactive

La population totale (de la France) est séparée par l'Insee (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) en deux parties : la population active et la population inactive. Autrement dit :
Population totale = population active + population inactive.

Définissons-les :
La population inactive est l'ensemble des personnes, les inactifs, n'exerçant pas d'activité professionnelle rémunérée et n'en recherchant pas. C'est ici que sont classés : les femmes au foyer, les étudiants, les retraités, les bénévoles, les personnes qui exercent une activité illicite (qui est condamnée par la loi) ou clandestine (« travail au noir »), etc.

La population active est l'ensemble des personnes en âge de travailler, les actifs, qui déclarent exercer (population active occupée) ou rechercher (chômeurs, que l'on peut aussi appeler population active inoccupée) une activité professionnelle rémunérée. Elle est donc constituée de deux éléments : la population active occupée et les chômeurs. Autrement dit :
Population active = Population active occupée + chômeurs (population active inoccupée).

Définissons-les :
La population active occupée est une des composantes de la population active. Elle regroupe les personnes en âge de travailler déclarant exercer une activité professionnelle rémunérée. Cette activité peut être salariée ou indépendante.

La population active inoccupée, les chômeurs, est la seconde composante de la population active. Elle regroupe les personnes en âge de travailler sans activité professionnelle rémunérée, mais qui déclarent en rechercher une.

Il faut donc retenir trois choses :
— Population active et population inactive réunies constituent la population totale d'un pays.
— Ce qui sépare la population inactive de la population active, c'est le fait que l'activité soit professionnelle (elle participe à la production d'un pays) ou non (activité domestique, bénévole, etc.) et rémunérée (salaires, primes, etc.).
— Ce qui sépare la population active occupée des chômeurs, c'est le fait d'avoir un emploi ou non.

Taux d'activité

Le taux d'activité est un instrument de mesure de la proportion de la population totale qui exerce ou recherche un emploi (part de la population totale qui est active). Il permet de mesurer l'importance de la population active, donc le comportement d’offre de travail d’une population particulière.
De façon générale, le taux d'activité est le résultat du rapport entre le nombre total de personnes dans la population active et le nombre total de personnes dans la population en âge de travailler. Ce taux est généralement exprimé en pourcentage.

Jusqu'ici cela paraît simple, mais… :
Par convention, l'Insee considère que les personnes actives sont nécessairement des personnes qui ont plus de 15 ans et qui ne sont pas à la retraite (donc qui ont moins de 65 ans), c'est-à-dire des personnes de 15-64 ans.
On peut donc réécrire la formule générale de calcul comme suit :
Taux d'activité = Population active/Population totale en âge de travailler (x 100)

Le calcul du taux d'activité peut s'appliquer à une catégorie particulière de la population : les femmes, les hommes, les 15-24 ans (les « jeunes »), les 50 ans et plus (les « séniors »), etc. Pour chaque catégorie d'actifs que l'on souhaite mesurer, le taux d'activité se calcule en effectuant le rapport entre la population active de la catégorie considérée et la population de référence en âge de travailler.
Ainsi, le taux global d’activité se calcule en divisant la population active totale par la population totale de référence.

Pour le taux d'activité par sexe, il suffit de prendre pour chaque ensemble uniquement les hommes ou les femmes. Par exemple, le taux d'activité féminin est :
Taux d'activité des femmes = (population active féminine/population totale des femmes en âge de travailler) x 100.

Si l'on considère le taux d'activité d'un groupe d'âge, on opère de la même manière. Par exemple, le taux d'activité des 15-24 ans est :
Taux d'activité des 15-24 ans = (population active âgée de 15-24 ans/population totale âgée de 15-24 ans) x 100.

Remarque : ne pas confondre taux d’activité d'une catégorie et proportion de cette catégorie dans la population active (population active de la catégorie considérée/population de référence * 100).

Le taux d'activité peut donc se mesurer de deux façons :
— En faisant le rapport entre la population active et la population totale en âge de travailler.
— En faisant le rapport entre le nombre d'actifs d'une catégorie particulière (selon le sexe, l'âge…) et le nombre total d'individus en âge de travailler appartenant à cette catégorie.

Taux d'emploi

(Programme TES 2011, Notions)

Le taux d'emploi est un instrument de mesure de la proportion d'une population donnée qui exerce un emploi. Ce taux est généralement exprimé en pourcentage.
De façon générale, le taux d'emploi est le résultat du rapport entre le nombre de personnes qui occupent un emploi – actifs occupés – et le nombre total de personnes en âge de travailler. 2)

Taux d'emploi = Population active occupée/Population totale en âge de travailler (x 100)

Le calcul du taux d'emploi peut s'appliquer à une catégorie particulière de la population : les femmes, les hommes, les 15-24 ans (les « jeunes »), les 50 ans et plus (les « séniors »), etc. Pour chaque catégorie d'actifs que l'on souhaite mesurer, le taux d'emploi se calcule en effectuant le rapport entre la population active occupée de la catégorie considérée et la population de référence en âge de travailler.

 
Document. Comparaison France-Allemagne

Source : Gérard Cornilleau, France-Allemagne : le grand écart démographique, 28 septembre 2012, OFCE le Blog.

De la population totale à la population active occupée

1.2. L'analyse théorique de la dynamique démographique 

1.2.1. Comment représenter les choix individuels de consommation et d'épargne ? Le modèle du cycle de vie  

a. Présentation du modèle

Commençons par quelques rappels de définitions :

Revenu disponible brut (RDB)

Le revenu disponible brut (RDB) est le revenu disponible pour la consommation et l'épargne des ménages.

RDB = Revenu primaire + prestations sociales - cotisations sociales - impôts sur le revenu, le patrimoine, etc.

Pour aller plus loin :

 
Revenus de transferts

(Programme 1ES 2010, Notions ; Programme TES 2011, Acquis de première)

Remarque : on parle parfois, mais peu souvent, de revenus secondaires.

Les revenus de transfert sont les revenus issus du système de protection sociale (allocations familiales, pensions de retraite…), autrement dit ils correspondent aux prestations sociales perçues par les ménages.

 
Prélèvements obligatoires

(Programme 1ES 2010, Notions)

Les prélèvements obligatoires sont constitués des impôts/taxes et des cotisations sociales perçus par les administrations publiques (État, collectivités locales et administrations de sécurité sociale). Ils servent à financer les services collectifs, les opérations de redistribution et à réguler l'activité économique et de financer.

Il est possible de distinguer impôts directs et indirects :

  • les impôts directs sont directement payés par le contribuable au percepteur (le Trésor public). Exemples : impôts sur le revenu des personnes physiques (IRPP), impôts sur la fortune (ISF), impôts sur les sociétés, taxe foncière…
  • les impôts indirects sont payés par les consommateurs au vendeur, et versés, ensuite, par le vendeur au trésor public. Exemples : Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), Taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP)…
 
Consommation

(Programme 2nde 2010, Notions)

La consommation correspond à l'acquisition d’un bien ou d’un service dans le but de satisfaire un besoin. Elle implique une destruction puisque ce bien ou ce service « disparaît » lorsqu'il est consommé3).

Consommation ostentatoire

(Programme 2nde 2010, Notions)

La notion de consommation ostentatoire trouve son origine dans les travaux de Thorstein Bunde Veblen (1857-1929, américain d'origine norvégienne, souvent présenté comme économiste institutionnaliste et sociologue critique).
Elle correspond à une consommation dont l'objectif est de distinguer l'individu qui la pratique des autres individus ou groupes sociaux et de marquer ainsi sa position sociale.

 
Épargne

(Programme 2nde 2010, Notions)

L’épargne est la partie du revenu disponible qui n’est pas consommée. Dans une économie, elle est ce qui sert à financer l’investissement.

Elle répond généralement à trois objectifs :

  • consommation différée : elle permet de reporter la consommation dans le temps (elle est constituée pour acquérir, plus tard, un bien ou un service). Exemples : épargner pour acheter un cadeau de Noël à sa grand-mère, acheter une voiture, s'offrir un séjour à la mer…
  • précaution : elle permet de faire face à des dépenses imprévues. Exemples : épargner pour faire face à une situation de chômage, de maladie, mais aussi à l'arrivée d'un enfant…
  • constitution d’un patrimoine : elle permet l'accumulation de capital. Exemples : placements financiers, immobiliers…

Il est possible de distinguer l’épargne de court terme, souvent dite liquide, qui répond plutôt aux objectifs de consommation différée et de précaution, et l’épargne de long terme, qui répond plutôt à l'objectif de constitution d’un patrimoine.

Il est possible également de distinguer l’épargne non financière (celle qui sert à l'acquisition de biens immobiliers tels que des terrains, appartements, maisons…) et financière (celle qui sert aux placements financiers de court terme, tel que les livrets d'épargne, ou de long terme, tels les contrats d’assurance-vie, l'acquisition d'actions ou d'obligations…).

Au niveau microéconomique :

Taux d'épargne pour une entreprise = épargne brute/valeur ajoutée brute x 100.

Taux d'épargne pour un ménage = épargne brute/Revenu disponible brut x 100.

Au niveau macroéconomique :

Taux d'épargne des ménages = épargne brute/Revenu national disponible brut x 100.

Taux d'épargne national (pour l'ensemble des agents économiques) = épargne agrégée des secteurs institutionnels/PIB x 100.

 

Comme vous l'avez vu en Première ES, chaque individu arbitre entre épargne et consommation en fonction de ses revenus. Ce que va montrer Franco Modigliani, c'est qu'il le fait également en fonction de sa position dans son « cycle de vie », autrement dit son âge.

Franco Modigliani (1918-2003), économiste, Prix « Nobel » d'économie4) en 1985, peut être rangé parmi les partisans de la synthèse (entre les analyses keynésienne et néoclassique). Il a fait date avec ses travaux sur le cycle de vie, où il met en relation âge et épargne, ainsi que ceux portant sur l'économie financière, où il met en relation la valeur financière des entreprises et leur rentabilité espérée.

En élaborant le modèle du cycle de vie, l'objectif de Modigliani est de montrer l'influence de la structure démographique sur le taux d'épargne et les effets macroéconomiques qui en découlent.
Il s'appuie sur l'hypothèse selon laquelle les consommateurs essaient de conserver la consommation la plus stable possible, tout au long de leur vie. Pour cela, les consommateurs effectuent une « une répartition intertemporelle de leurs ressources ». Autrement dit, ils répartissent au mieux leurs revenus sur toute la durée de leur vie afin de « lisser » leur consommation.

En effet, le revenu des consommateurs est variable durant la vie d'un individu. D'abord faible, il augmente progressivement durant la vie active, avant de diminuer sensiblement avec l'arrivée de la retraite. Selon Modigliani, les individus font donc varier leur patrimoine net de manière à compenser les variations de leur revenu.

Source : Patrick Villieu, Macroéconomie : Consommation et épargne, La Découverte, Collection Repères, 2008, p. 42.

Il est ainsi possible de découper le cycle de vie d'un individu en trois phases distinctes :

  • Phase A du graphique : Durant leur jeunesse, le patrimoine net des individus est négatif. Leur revenu courant est trop faible (études, précarité de l'emploi…) pour leur permettre de répondre à leurs besoins de consommation (première installation, équipement…) et encore moins pour épargner. L'emprunt leur permet alors de consommer davantage que leur revenu courant ne le permet.
  • Phase B du graphique : Durant la phase d'activité, les revenus des individus sont devenus suffisamment importants pour couvrir leurs besoins de consommation tout en épargnant davantage. Les individus peuvent alors se désendetter – le patrimoine net redevient positif – puis augmenter progressivement leur patrimoine net pour préparer leur retraite.
  • Phase C du graphique : Avec l'arrivée de la retraite, la source principale de revenu des individus, le travail, disparaît. Les individus vont alors connaître une « désépargne » dans la mesure où ils « piochent dans leurs économies » afin de consommer davantage que ne le permet leur revenu courant. Le patrimoine net des individus diminue donc.

Pour aller (beaucoup) plus loin :

b. Un modèle vérifié ?

Document. Variables du modèle par âge

Source : Insee. (Version ods)

Document. L'évolution des capacités de financement des ménages dans l'UE

Source : Eurostat. (Version ods)

En effet, en France, environ 15 % du revenu annuel de l'ensemble des ménages est épargné. C'est d'ailleurs vrai dans une majorité de pays. Ce n'est cependant pas toujours le cas (comme dans les exemples de la Bulgarie, Estonie ou Lettonie), notamment en période de récession.

1.2.2. Quelle relation entre évolution des structures démographiques, accumulation patrimoniale et croissance économique ? 

II. Quel est l'impact des variables économiques et démographiques sur le financement de la protection sociale ?

Programme officiel :
Notions : Répartition/capitalisation, taux de remplacement, ratio de dépendance, incitations pécuniaires, aléa moral, sélection adverse.
Acquis de première : prélèvements obligatoires, production marchande et non marchande, asymétries d'information, revenus de transfert, solidarité, État-providence.

Indications complémentaires :

« On s'appuiera sur les exemples des retraites et de la santé en privilégiant le cas de la France. On exposera les principes de base des deux grands types de régimes de retraite (répartition et capitalisation). On s'interrogera sur les choix possibles en matière de ressources de ces régimes, de taux de remplacement, de durée de cotisation. On montrera comment la gestion des systèmes de santé est confrontée à la question de l'articulation entre une régulation marchande et une régulation administrée : dans les deux cas se posent des problèmes d'incitation et d'asymétrie d'information (tarification à l'acte ou budget global, liberté d'installation et équité dans l'offre de soin, ticket modérateur, etc.). »

Exemples de sujets du Bac :
Vous analyserez l'impact des variables démographiques sur le financement du système des retraites en France. (France métropolitaine, 2012)
A quelles difficultés est confrontée la protection sociale en France aujourd'hui ? On pourra privilégier l'exemple de la santé. (Pondichéry, 2013)
Quel est l'impact des variables économiques et démographiques sur le financement de la protection sociale ? (Autres centres étrangers, 2013)
Quels sont les effets des transformations démographiques sur le financement du régime de retraite par répartition ? (Antilles-Guyane, 2013)
Quel est l'impact des variables démographiques sur le régime de retraite par répartition en France ? (France métropolitaine, 2013, rattrapage)
Comment les variables démographiques affectent-elles le financement de la protection sociale ? (Nouvelle-Calédonie, 2013)
Quel impact l'aléa moral peut-il avoir sur le financement de la protection sociale ? (Amérique du Sud, 2013)
Comment peut-on expliquer les difficultés de financement des systèmes de retraite par répartition ? (Amérique du Nord, 2014)
À quelles difficultés se heurte le financement du système de retraite par répartition ? (Autres centres étrangers, 2014)
Quels sont les principaux problèmes auxquels se heurte le financement de la protection sociale ? (France métropolitaine, 2014)
Quels problèmes pose l'aléa moral sur le financement de la protection sociale ? Vous pourrez privilégier le cas de la santé. (Asie, 2014)
À quelles difficultés se heurte le financement de la protection sociale dans le domaine de la santé aujourd'hui en France ? (Antilles-Guyane, 2014)
Vous expliquerez quelles sont les difficultés de financement du régime des retraites par répartition en France. (Liban, 2015)
Montrez que le financement de la protection sociale est confronté aux problèmes de sélection adverse et d'aléa moral. (France métropolitaine, 2015)
En quoi les variables économiques et démographiques ont-elles un impact sur le financement des retraites ? (France métropolitaine, 2015, rattrapage)
Quels sont les choix possibles pour financer les régimes de retraite par répartition ? (Antilles-Guyane, 2015, rattrapage)

1. Les différents régimes de protection sociale

À partir du XIXème siècle (mais surtout dans la seconde moitié du XXe siècle), on assiste au développement progressif de la protection sociale dans les pays développés. Ce sont les pouvoirs publics – l'État donc – qui prend rapidement en charge tout ou partie de ces dispositifs de protection, d’où son appellation d'État-providence, dans la mesure où il se substitue à ce que l'on appelait, jadis, la providence divine.
Le développement de l'État-providence est donc le fait d’être passé d’une gestion privée à une gestion collective des risques sociaux.

Protection sociale

(Programme TES 2011, Notions ; Programme TES Spé EA 2011, Thèmes)

La protection sociale désigne l’ensemble des dispositifs collectifs destinés à prémunir les individus contre les difficultés économiques ou sociales engendrées par les risques sociaux.
En France, l'essentiel de la protection sociale est aujourd'hui gérée par la Sécurité Sociale (dépendance, maladie, famille, vieillesse), institution de droit privé créée à l'origine par l'ordonnance de 1945, et l'Unedic (chômage), association gestionnaire du régime chômage par délégation de service public créée en 1958.

 

Risques sociaux

Les risques sociaux sont des évènements probabilisables – avec plus ou moins de facilité – qui ont pour conséquences une augmentation des dépenses de l’individu et/ou une diminution de ses revenus.
Exemples : maladie, accident du travail, vieillesse, dépendance, perte d’emploi, naissance d’un enfant, pauvreté, exclusion, etc.

 

Il est usuel de distinguer deux types de logiques de fonctionnement de l’État-providence : la logique d'assurance et la logique d'assistance.

1.1. Assurance

Le système d'assurance ou système bismarckien :

⇒ L'expression “bismarckien” vient du nom du Chancelier Otto von Bismarck, qui mit en place le système d’assurance sociale allemand à la fin du 19è siècle (à partir de 1883 où est crée un régime d'assurance maladie ouvrier).

⇒ Il repose sur une logique d'assurance : chaque actif cotise proportionnellement à son salaire et il reçoit des prestations proportionnelles à ses cotisations.
Dans sa forme stricte, il n'a donc pas de prestations versées aux individus qui ne cotisent pas.

⇒ Le financement repose donc sur les cotisations sociales.

⇒ La redistribution est donc essentiellement horizontale.

1.2. Assistance

Le système d'assistance ou système beveridgien :

⇒ L'expression vient du nom de Sir William Beveridge qui publia, à la demande du gouvernement britannique désireux de créer un système de Sécurité sociale, le rapport Social insurance and allied services (1942), sur le Welfare State (« État du bien-être »).

⇒ Il repose sur une logique d'assistance, celle-ci s'appuyant sur trois principes : universalité (tous les individus sont couverts), uniformité (les prestations sont versées en fonction des besoins), unicité (la gestion du système est assurée par un service unique).

⇒ Le financement de ce système est assuré par des prélèvements fiscaux.

⇒ La redistribution est ici verticale mais peut néanmoins être réduite.

2. Le financement des retraites : des choix sous contrainte

Taux de remplacement

Le taux de remplacement est le rapport entre le montant de la pension de retraite et le montant des revenus d’activité :

Taux de remplacement = (montant de la pension de retraite / montant des revenus d'activité) x 100.

Il peut être mesuré pour un individu, pour un secteur donné, pour l'ensemble des ayants d'un régime particulier ou encore pour l'ensemble de l'économie.
Il est un indicateur de l'importance des revenus de remplacement des retraités par rapport aux revenus des cotisants, il permet ainsi une comparaison entre le niveau de vie des retraités et celui des actifs.
Un taux de remplacement élevé est donc le signe d'un régime de retraite généreux, alors qu'un taux faible est celui d'un régime moins étendu.
De même, une réduction du taux de remplacement peut être interprétée comme une diminution du pouvoir d'achat des retraités par rapport à celui des actifs. Inversement, une augmentation de ce taux correspondra à une augmentation du niveau de vie des premiers par rapport aux seconds.

 

3. L'épineuse question de la gestion des systèmes de santé

Externalités

(Programme 2nde 2010, Notions (effets externes) ; Programme 1ES 2010, Notions ; Programme TES 2011, Acquis de première)

Les externalités ou effets externes sont les conséquences d’une action individuelle sur un autre acteur, qui ne sont pas prises en compte par le marché ou le système de prix. Il est usuel de dire qu'elles sont le « résultat non voulu d'une action voulue ».

Elles peuvent être positives (exemples : l'implantation de ruches à proximité d'un verger, la vaccination, la recherche) ou négatives (exemples : la pollution, la dégradation de ressources naturelles, le bruit).

Leur existence est donc à l'origine d'une défaillance du marché et justifie l’intervention publique, permettant d’ « internaliser » les externalités (c’est-à-dire faire en sorte qu’elles soient prises en compte par les agents économiques dans leurs calculs coût/avantage).

Exemples : instauration par l'État d’une taxe sur les produits polluants (souvent nommée taxe « Pigou »), subventions à la recherche, vaccination gratuite et obligatoire, etc.

 

Biens collectifs

(Programme 1ES 2010, Notions)

Un bien collectif est d'abord un bien qui peut être utilisé simultanément par plusieurs individus sans que la consommation de l’un ne réduise la consommation des autres (propriété de non-rivalité). À cette propriété de non-rivalité s’ajoute une propriété de non-exclusion. Dans ce dernier cas, aucun agent privé ne peut exclure de la consommation du bien les utilisateurs qui ne sont pas disposés à payer (on parle parfois de bien collectif pur dans ce cas).
Exemples : l’éclairage public, la défense nationale.

 

Asymétrie d'information

(Programme 1ES 2010, Notions)

L'asymétrie d'information correspond à une situation dans laquelle un agent économique détient davantage d'information que les autres et peut en tirer profit dans le cadre d'un échange. Dans l'analyse néoclassique du marché, l'asymétrie d'information est l'une des principales défaillances de marché.

 

Sélection adverse

(Programme TES Spé EA 2011, Notions)

La sélection adverse (ou antisélection) est une situation dans laquelle, en présence d'asymétrie d'information, les agents économiques adoptent des comportements tels que le résultat obtenu sur le marché est contraire à leur intérêt.
Exemples des “Lemons” d'Akerlof.

 

Aléa moral

(Programme TES Spé EA 2011, Notions)

L'aléa moral est une situation dans laquelle, en présence d'asymétrie d'information, les agents économiques sont conduits à augmenter leur prise de risques dans la mesure où ils se sentent protégés.

Exemple du too big to fail.

 

Incitations pécuniaires

(Programme TES Spé EA 2011, Notions)

Les incitations pécuniaires sont des dispositifs financiers ayant pour objectif de modifier les comportements des agents économiques afin de résoudre les problèmes liés à l'asymétrie d'information (aléa moral et de sélection adverse) et d'éviter ainsi les situations de déséquilibre. Appliquées au système de santé, elles permettent de réduire les problèmes de rentabilité (secteur marchand) et de financement (secteur non marchand) du système de santé.
Exemples : franchises médicales ou ticket modérateur.

 

Chapitre 2. Stratégies d'entreprises et politique de concurrence dans une économie globalisée

I. Dans quelles circonstances les entreprises peuvent-elles exercer un pouvoir de marché ?

Programme officiel :
Notions : Monopole discriminant, barrière à l'entrée, faiseur de prix.
Acquis de première : oligopole, monopole, pouvoir de marché, preneur de prix, coût moyen/marginal, recette moyenne/marginale.

Indications complémentaires :

« En faisant référence au programme de première, on rappellera la diversité des structures de marché et la notion de pouvoir de marché, qui permet aux entreprises d'élaborer des stratégies concurrentielles. On analysera la nature et la variété des barrières à l'entrée qui expliquent l'existence d'un pouvoir de marché et sa persistance. À l'aide d'exemples simples (tarification dans les transports, dans les télécommunications, etc.), on étudiera les stratégies de prix du monopole discriminant. »

Exemples de sujets du Bac :
Comment les entreprises peuvent-elles exercer un pouvoir de marché ? (Amérique du Nord 2013)
Comment les différentes barrières à l'entrée limitent-elles la concurrence entre les entreprises ? (Asie, 2013)
Le pouvoir de marché est-il toujours le résultat des stratégies des entreprises ? (France métropolitaine, 2013)
Comment les diverses barrières à l'entrée sont-elles à l'origine d'un pouvoir de marché ? (France métropolitaine, 2013, rattrapage)
Comment les barrières à l'entrée permettent-elles aux entreprises d'exercer un pouvoir de marché ? (Liban, 2014)
Les barrières à l'entrée résultent-elles toujours de stratégies d'entreprises ? (France métropolitaine, 2014)
En quoi la stratégie de monopole discriminant repose-t-elle sur un pouvoir de marché ? (Asie, 2014)
Comment les entreprises peuvent-elles exercer un pouvoir de marché ? (Polynésie, 2014)
Comment les barrières à l'entrée peuvent-elles être à l'origine d'un pouvoir de marché ? (France métropolitaine, 2014, rattrapage)
Montrez que le pouvoir de marché exercé par une entreprise peut résulter de l'existence de barrières à l'entrée. (Antilles-Guyane, 2014, rattrapage)
Vous montrerez qu'il existe une variété des barrières à l'entrée à l'origine d'un pouvoir de marché. (Pondichéry, 2015)

1. Diversité des structures de marché et pouvoir de marché

Rappel :

Document. Le relâchement des hypothèses du modèle de la CPP
Document. Tableau de Stackelberg

Tableau de Stackelberg

1. Il y a donc « libre concurrence » du côté des offreurs.
2. Il y a donc « oligopole » du côté des offreurs.
3. Il y a donc « monopole » du côté des offreurs.
4. Il y a donc « libre concurrence » du côté des demandeurs.
5. Il y a donc « oligopole » du côté des demandeurs.
6. Il y a donc « monopole » du côté des demandeurs.
7. Il ne serait pas faux de parler de « Monopsone bilatéral » mais le terme « monopole » est celui retenu par Stackelberg.

Source : D'après Heinrich von Stackelberg, Marktform und Gleichgewicht, chap. 1, Julius Springer, 1934. Version odp

Preneur de prix

(Programme 1ES 2010, Notions ; Programme TES Spé EA 2011, Acquis de première)

Dans le modèle néoclassique de la CPP, un agent économique est dit price taker ou preneur de prix s'il n'est pas en mesure d'exercer une influence sur les prix (ceux-ci s'imposent à lui comme une donnée). Ce comportement repose sur les hypothèses d'atomicité du marché (aucun agent économique n'a une taille assez grande pour lui permettre d'exercer une influence sur les prix) et de transparence du marché (aucun agent économique ne dispose d'asymétrie d'information en sa faveur lui permettant d'exercer une telle influence).

 

2. Pouvoir de marché et stratégies des entreprises

Vous avez désormais compris qu'en situation de concurrence imparfaite, les entreprises disposent d'un pouvoir de marché, donc de la capacité d'influer sur les conditions de fonctionnement du marché : elles sont price maker.
Pour conserver durablement ou renforcer ce pouvoir de marché, elles vont mettre en oeuvre des stratégies concurrentielles visant notamment à empêcher de nouveaux concurrents de s'installer sur le marché et à maximiser leur rente.
Nous allons étudier ici deux grands types de stratégies : les barrières à l'entrée et le monopole discriminant.

2.1. Les barrières à l'entrée

Les barrières à l'entrée permettent aux entreprises de conserver ou de renforcer leur pouvoir de marché. Elles peuvent se définir comme des dispositifs empêchant les éventuels concurrents d'entrer sur le marché.
Il est possible de distinguer deux sortes de barrières à l'entrée : les barrières structurelles et les barrières stratégiques.

2.1.1. les barrières structurelles

Les barrières structurelles ne sont pas, à proprement parler, le fait d'une volonté des entreprises. Elles sont plutôt liées aux caractéristiques du marché et/ou aux règles de fonctionnement de celui-ci. Elles sont ainsi de deux types :

  • Les barrières naturelles :

Ces barrières sont liées aux caractéristiques du marché, à sa “nature”, d'où leur nom. Elles existent notamment en présence de coûts fixes importants et protègent les entreprises déjà installées sur le marché de nouveaux entrants potentiels.

Rappel :

Coût fixe

Le coût fixe est la part du coût total qui est indépendante du niveau de production. Il ne varie donc pas selon la quantité produite.
Exemple : le coût d'utilisation d'une usine ne variera pas, quelle que soit la quantité produite en son sein.

 

Ainsi, sur le marché de l'aéronautique (on peut bien sûr se rappeler l'exemple d'Airbus/Boeing), l'entrée sur le marché implique des coûts d'installation extrêmement élevés : il faut non seulement être en mesure de financer une infrastructure de production complète (avant même de commencer à fabriquer le premier avion !) mais le plus souvent avoir une capacité d'innovation importante (espérer concurrencer les entreprises déjà installées sur le marché avec des modèles d'avion obsolètes paraît peu probable…).
On peut prendre d'autres exemples de marchés où l'existence de coûts fixes importants décourage “naturellement” l'arrivée de nouveaux concurrents : le marché de l'énergie (construire sa propre centrale nucléaire ou acquérir puis exploiter un gisement de pétrole n'est pas donné à tout le monde….), le marché de l'automobile…

In fine, un concurrent souhaitant entrer sur le marché doit avoir une taille suffisante pour rivaliser avec une ou des entreprises déjà existantes sur le marche. On se souvient ainsi qu'il a fallu le soutien des États européens, pendant de nombreuses années, pour permettre à Airbus de rivaliser avec Boeing…

  • Les barrières légales ou réglementaires :

Ces barrières sont liées à la présence d'un cadre légale ou règlementaire qui réduit – voire interdit – les possibilités d'installation de nouveaux entrants sur le marché.

C'est le cas lorsque la production implique l'obtention d'une autorisation préalable par les autorités.
Il en va ainsi du marché pharmaceutique où les entreprises sont soumises à la règlementation – très stricte – en matière en production (il faut disposer d'une autorisation de mise sur le marché des médicaments fabriqués) et de commercialisation des médicaments (en France, seules les pharmacies sont aujourd'hui autorisées à vendre des médicaments et leur emplacement est lui-même règlementé). Les entreprises installées sont ainsi relativement protégées dès lors que de nouvelles autorisation ne sont pas délivrées.
Autre exemple, l'installation de surfaces commerciales de plus de 1000 m2 implique l'obtention d'une autorisation préalable. C'est ce qui explique notamment l'implantation de centre commerciaux à la périphérie de la ville de Paris, celle-ci interdisant l'implantation de celles-ci sur son territoire. Là encore, les commerces installés bénéficient d'un pouvoir de marché lié à l'obtention de ces autorisations.
On peut enfin prendre l'exemple du marché du téléphone mobile, où l'exploitation des réseaux est soumise à l'obtention d'une licence d'exploitation, au demeurant couteuse (comme on a peu le voir avec la mise aux enchères de la licence obtenue par Free).

Remarque : dans certains cas, il n'est pas aisé de définir la frontière entre barrière naturelle et légale/règlementaire. Par exemple, il ne suffit pas d'être propriétaire d'un terrain où se trouve un gisement de pétrole (en France, si vous trouvez un gisement de pétrole “dans votre jardin”, vous n'aurez pas pour autant le droit de l'exploiter…), ce qui est déjà couteux (barrière naturelle)… Il faut encore obtenir l'autorisation d'exploitation de la ressource par les autorités (barrière légale/règlementaire).

2.1.2. Les barrières stratégiques

Les barrières stratégiques sont le résultat d'une stratégie – volontaire donc – des entreprises. Elles consistent à ériger délibérément des obstacles – variés – pour empêcher l'arrivée de nouveaux concurrents.

  • la stratégie du prix prédateur (ou prix de prédation) : elle consiste, pour une entreprise détenant un pouvoir de marché, à fixer un prix bas délibérément et temporairement dans le but d’évincer ou de dissuader tout nouvel entrant potentiel sur le marché. L'effet de cette stratégie est double : d'une part, en pratiquant des prix inférieurs au coûts moyens de production, les entreprises présentes sur le marché cherchent à mettre en difficulté financière les nouveaux entrants pour les inciter à sortir du marché ; d'autre part, ces prix bas agissent comme un “signal” visant à décourager les entrants potentiels.

Rappel :

Coût moyen

(Programme 1ES 2010, Notions)

Le coût moyen correspond au coût total, donc à la somme des coûts de production d'un bien ou un service, divisé par la quantité produite.

 

Une telle stratégie n'est bien sûr possible que parce que l'entreprise présente sur le marché est elle-même capable de supporter la pratique de prix bas pendant assez longtemps et ce notamment parce qu'elle a déjà (au moins en partie) rentabilisé ses coûts fixes (autrement dit, parce qu'elle bénéficie à plein des économies d'échelle).

Il faut noter qu'ici la notion de prix est à entendre dans un sens “large” : il peut s'agir, bien sûr, du prix du produit lui-même, mais aussi des coûts de transaction associés, par exemple les frais de livraison du produit. C'est ainsi qu'Amazon a réussi à évincer une partie de ses concurrents en proposant, pendant longtemps des frais de livraison gratuits au-delà d'un certain montant d'achat.

Rappel :

Coût de transaction

(Programme 1ES 2010, Notions)

Les coûts de transaction est l'ensemble des coûts subis par les échangeurs lors d'un échange de biens ou de services (hors prix du bien). En règle générale, on considère :

  • les coûts de transports,
  • les coûts de stockage,
  • les coûts de change (liés au risque de change),
  • les coûts d'affichage (prix de l'étiquette posée sur le produit par exemple),
  • les coûts financiers (par exemple, commissions perçues par les banques lors des opérations de change).
 

Enfin, sous certaine conditions, la pratique des prix prédateurs peut être considérée comme un abus de position dominante et condamnée par la loi (cf. la partie suivante du cours).

Pour aller plus loin : Patrick Rey & Jean Tirole, “Analyse économique de la notion de prix de prédation”, Revue française d'économie, volume 12, n°1 , 1997, pp. 3-32 . Disponible en ligne : http://www.persee.fr/doc/rfeco_0769-0479_1997_num_12_1_1013
⇒ Une définition de la notion de prix de prédation est donnée pp. 4-6.

  • la stratégie de capacités de production excédentaires : en augmentant les capacités de production de manière démesurée (très au-dessus des besoins réels de production et donc des possibilités de débouchés), l’entreprise présente sur le essaie de signifier aux concurrents potentiels un coût d’entrée trop lourd. Cette stratégie repose sur les économies d'échelle dont bénéficie l'entreprise en place.
  • la stratégie d’innovation et de différenciation des produits : en innovant, l'entreprise cherche à obtenir ou à maintenir une position de monopole temporaire et la rente de monopole qui l'accompagne (on peut repenser ici à la politique conduite par Apple). De même, en cherchant à se différencier des concurrents par le recours à la publicité, au marketing… l'entreprise vise à évincer les concurrents (rappelez-vous le Nutella…). En passant, rappelons qu'innovation et différenciation des produits sont bien sûr liées, l'innovation étant en elle-même une stratégie de différenciation…

Il faut ici remarquer, que si cette barrière stratégique est en quelque sorte renforcée par la règlementation, dans la mesure où, en protégeant les droits de propriété intellectuelle (brevets, droits d'auteur, marques…), les pouvoirs publics confortent la barrière stratégique ainsi constituée, c'est bien l'innovation qui est à l'origine de la barrière. Pour le dire autrement, si l'entreprise est incitée à déposer le maximum de brevets pour protéger ses innovations, c'est bien elle qui développe volontairement une stratégie d'innovation.

On peut trouver, bien sûr, d'autres stratégies encore telles que la recherche d'une concentration toujours plus grande en rachetant les concurrents, les cartes de fidélité qui relèvent à la fois de la différenciation mais aussi de la discrimination par les prix (voir plus bas), etc.

2.2. Le monopole discriminant

Le monopole discriminant peut se définir comme une stratégie menée par des entreprises détenant un pouvoir de marché (essentiellement en situation de monopole et, parfois, en situation d'oligopole ou de concurrence monopolistique) et consiste à proposer des prix différents à différents segments de la clientèle pour un même produit, selon l’élasticité-prix de la demande de ces clients, de façon à augmenter ses profits.

Rappel : la concurrence monopolistique

Pour un rappel sur la notion d'élasticité, voir la page suivante :

La mesure de l'élasticité

Les clients ayant une faible élasticité-prix de leur demande se verront proposer des produits à des prix relativement plus élevés qu'à ceux qui ont une élasticité-prix forte.

En effet, une élasticité-prix de la demande faible signifie qu'une variation du prix (une hausse en l'occurrence) ne fait varier que faiblement la demande pour le produit. Autrement dit, les consommateurs vont continuer à demander le produit malgré l'augmentation du prix (du moins, elle ne baissera que faiblement).
Inversement, une élasticité-prix de la demande forte signifie qu'une variation du prix (une hausse en l'occurrence) fait varier sensiblement la demande pour le produit. Autrement dit, les consommateurs ne sont pas prêts à continuer à demander le produit si il y a augmentation du prix (du moins pas dans les mêmes proportions).

En termes économiques, cela revient à dire que l'entreprise va chercher à capter (s'approprier) le surplus du consommateur, c'est-à-dire la différence entre le prix de réserve – le prix maximum que le consommateur est prêt à payer (si le prix augmente au-delà, il se retire du marché) – et le prix qu'il va effectivement payer. Ici, le prix effectivement payé est plus élevé qu'en l'absence de discrimination par les prix pour les consommateurs dont l'élasticité-prix de la demande est faible, le cas limite étant celui où le prix effectivement payé est égal au prix de réserve (l'entreprise capte alors la totalité du surplus du consommateur).

Pour aller plus loin : Document. Les différentes formes de discrimination par les prix chez Arthur Cecil Pigou

When a railway company is arranging terms with a few large shippers, the indeterminate element may have considerable importance. Usually, however, where discrimination is of practical interest, the opposed parties are, not a single large seller and a few large buyers, but a single large seller and a great number of relatively small buyers. The loss of an individual customer's purchase means so much less to the monopolistic seller than to any one of the many monopolistic purchasers that, apart from combination among purchasers, all of them will almost certainly accept the monopolistic seller's price. They will recognize that it is useless to stand out in the hope of bluffing a concession, and will buy what is offered, so long as the terms demanded from them leave to them any consumers' surplus. In what follows I assume that the customers act in this way. So assuming, we may distinguish three degrees of discriminating power, which a monopolist may conceivably wield. A first degree would involve the charge of a different price against all the different units of commodity, in such wise that the price exacted for each was equal to the demand price for it, and no consumers' surplus was left to the buyers. A second degree would obtain if a monopolist were able to make n separate prices, in such wise that all units with a demand price greater than x were sold at a price x, all with a demand price less than x and greater than y at a price y, and so on. A third degree would obtain if the monopolist were able to distinguish among his customers n different groups, separated from one another more or less by some practicable mark, and could charge a separate monopoly price to the members of each group. This degree, it will be noticed, differs fundamentally from either of the preceding degrees, in that it may involve the refusal to satisfy, in one market, demands represented by demand prices in excess of some of those which, in another market, are satisfied.

Source : Arthur Cecil Pigou, The Economics of Welfare, 1920.

II. Quel est le rôle de la politique de la concurrence ?

Programme officiel :
Notions : Abus de position dominante, cartel de producteurs, marché pertinent.
Acquis de première : fonctions économiques de l'État, marchés concurrentiels, marchés imparfaitement concurrentiels, pouvoir de marché.

Indications complémentaires :

« En s'appuyant sur des exemples, on montrera que la politique de la concurrence s'exerce non seulement à l'égard des entreprises mais aussi en matière d'intervention publique. On soulignera que cette politique est source de débats quant à la place de l'État dans la production de services collectifs et dans la mise en œuvre de la politique industrielle. On présentera quelques cas dans lesquels les autorités de la concurrence, en France et à l'échelon européen, sont intervenues pour protéger les intérêts des consommateurs. »

Exemples de sujets du Bac :
Quels sont les effets attendus de la politique de concurrence ? (France métropolitaine, 2012)
Comment la politique de concurrence peut-elle s'exercer à l'égard des entreprises ? (Liban, 2013)
Quels sont les objectifs et les modalités de la politique de la concurrence ? (Polynésie, 2013)
Pourquoi une politique de la concurrence est-elle nécessaire ? (Antilles-Guyane, 2013)
Comment peut-on expliquer la mise en place de la politique de la concurrence ? (France métropolitaine, 2013)
Comment la politique de la concurrence peut-elle lutter contre les abus de position dominante ? (Antilles-Guyane, 2013, rattrapage)
Quel est le rôle de la politique de la concurrence en matière de position dominante ? (Nouvelle-Calédonie, 2013)
Montrez quelles peuvent être les justifications d'une politique de la concurrence s'exerçant vis-à-vis de l'intervention publique. (Pondichéry, 2014)
Comment justifier la politique de la concurrence ? (Amérique du Nord, 2014)
Pourquoi mettre en place une politique de concurrence ? (Autres centres étrangers, 2014)
Comment la politique de la concurrence peut-elle lutter contre l'abus de position dominante ? (Polynésie, 2014, rattrapage)
Montrez que la politique de la concurrence est source de débats. (Amérique du Sud, 2014)
Comment la politique de la concurrence protège-t-elle les intérêts des consommateurs ? (Amérique du Nord, 2015)
Quel est le rôle de la politique de la concurrence à l'égard des entreprises ? (Polynésie, 2015)
Pourquoi la politique de concurrence est-elle source de débats ? (Asie, 2015)
Pourquoi la politique de la concurrence est-elle nécessaire ? (France métropolitaine, 2015, rattrapage)

Chapitre 3. Instabilité financière et régulation

I. Qu'est-ce que la globalisation financière ?

Programme officiel :
Notions : Actifs financiers, devises, intermédiation financière.
Acquis de première : financement direct/indirect, taux d'intérêt.

Indications complémentaires :

« On présentera les principaux marchés financiers (marchés des changes et marchés des capitaux) et le rôle économique de chacun d'entre eux. On identifiera les différents acteurs y réalisant des transactions (entreprises, investisseurs institutionnels, etc.). On insistera sur l'interdépendance des différents marchés et sur l'importance de l'information pour leur fonctionnement. On analysera le triple processus de désintermédiation, déréglementation et décloisonnement qui caractérise l'évolution des marchés des capitaux depuis les années 1990 et conduit à la constitution d'un marché mondial des capitaux. »

Exemples de sujets du Bac :
Vous présenterez les caractéristiques du processus de globalisation financière. (Pondichéry, 2013)
Comment peut-on caractériser le processus de globalisation financière ? (Autres centres étrangers, 2013)
Quelles sont les caractéristiques de la globalisation financière ? (France métropolitaine, 2013)
Comment s'explique le processus de globalisation financière ? (Antilles-Guyane, 2014)
Comment peut-on expliquer le processus de globalisation financière ? (Amérique du Sud, 2014)
Quelles sont les principales caractéristiques de la globalisation financière ? (Nouvelle-Calédonie, 2014)
Comment peut-on expliquer le processus de globalisation financière ? (Autres centres étrangers, 2015)
Comment a évolué l'intermédiation financière dans le cadre de la globalisation financière ? (Antilles-Guyane, 2015)
Quelles sont les principales caractéristiques de la globalisation financière ? (France métropolitaine, 2015)
Comment caractériser la globalisation financière ? (Antilles-Guyane, 2015, rattrapage)
Comment expliquer le processus de globalisation financière ? (Polynésie, 2015, rattrapage)

1. Rappels sur le financement de l'économie

Vous avez vu en 1ES, les mécanismes de fonctionnement du financement de l'économie. Commençons par faire quelques rappels.

Document. Les différents mode de financement de l'économie
Document. Les placements collectifs
Schéma. La globalisation financière

II. Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?

Programme officiel :
Notions : Aléa moral, risque systémique, comportement mimétique, régulation.
Acquis de première : asymétrie d'information, risque de crédit.

Indications complémentaires :

« On présentera les mécanismes susceptibles d'engendrer un choc systémique, en insistant particulièrement sur les déséquilibres macro-économiques, les anticipations mimétiques et l'aléa moral. L'exemple d'un marché permettra d'illustrer les problèmes posés par la volatilité des cours.
On présentera quelques instruments de régulation des marchés financiers : réglementation prudentielle, contrôle des agents et activités soumis au risque de conflits d'intérêts (agences de notation, titrisation), mesures visant une plus grande transparence des marchés. »

Exemples de sujets du Bac :
Comment le système financier peut-il être régulé ? (Amérique du Nord, 2013)
Quel rôle les comportements mimétiques jouent-ils dans l'apparition des crises financières ? (Asie, 2013)
Comment expliquer les crises financières ? (France métropolitaine, 2013)
Vous expliquerez en quoi le comportement mimétique est un facteur essentiel des crises financières. (Antilles-Guyane, 2013, rattrapage)
Comment réguler le système financier ? (Amérique du Sud, 2013)
Comment peut-on réguler le système financier ? (Pondichéry, 2014)
Comment les problèmes d'aléa moral peuvent-ils contribuer à l'instabilité financière ? (France métropolitaine, 2014, rattrapage)
Comment peut-on expliquer les crises financières ? (Liban, 2015)
Comment peut-on réguler le système financier ? (Polynésie, 2015)
Quels sont les principaux facteurs des crises financières ? (Asie, 2015)

1)
“Economics is the science which studies human behaviour as a relationship between ends and scarcemeans which have alternative uses” in Lionel Robbins, An Essay on the Nature and Significance of Economic Science, 1932, p. 15 (1935, p. 16).
2)
Il peut être également rapporté à la population totale. Rapporté à la population active, il n'aurait pas d'intérêt car il serait alors le « complémentaire à 100 » du taux de chômage.
3)
Comme le veut l'expression, on ne peut boire deux fois la même eau.
4)
« The Sveriges Riksbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel ».
ses/ea.txt · Dernière modification: 2020/03/19 22:33 de yam